Michel Rocard

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Former prime minister of France, Michel Rocard, passed away on July 2, 2016.


New York Times obituary:

“Our social system kills the goose that lays the golden eggs,” Mr. Rocard told the newsmagazine Le Point in an extensive interview two weeks ago. “As many start-ups are born every year in France as in Germany, except that they die in the first five years because of taxes and the excessive weight of bureaucracy.”

“Other countries got rid of Marxism,” Mr. Rocard continued. “Not France. While everywhere else reformist social democracy emerged, converted to a market economy that was regulated to limit unemployment and inequality, the French Left stands alone.”

Arthur Goldhammer: Memories of Michel Rocard

Rocard, unlike many of his contemporaries, was never tempted by communism. He came to prominence in the gauchiste Unified Socialist Party (known as the PSU), the splinter party that served as the vehicle for many intellectuals who had been party members or fellow travelers to find their way out of communism, largely because of their opposition to the Algerian war. But unlike most of them, he made politics his profession, and consequently his brilliant critical intellect was constantly ground down by the exigencies of political reality. He jumped from the far left to what some would call the right wing of the Socialist Party and others, more accurately, would call the modernizing wing: He stated flatly that nationalization could not be the chosen instrument of a future left politics, that the left would have to make its peace with the market, that social democracy was not compatible with uncontrolled borders.

Was he a French apostle of Tony Blair’s “third way”? The ironies abound. Today it is fashionable to say that the third way was a monumental historical error. Many on the left have taken on board Margaret Thatcher’s quip that Tony Blair was her greatest achievement, that he represented the defeat of the last vestiges of truly socialist thought, the final victory of “neoliberalism.” They are too young to remember the revolutionary illusions that still dominated the Socialist Party, known as the PS, when Rocard embraced his heresy. Yet in some ways Rocard, heterodox to the end, recognized the validity of the criticism. He was a Brexiter because he believed that the UK, even the Blairist UK, had always been an impediment to the steps needed to build a more social-democratic European Union. On the other hand, still confounding the leftist opposition, he saw the El Khomri reform as “a step in the right direction.”

Alain Bergounioux : Michel Rocard incarnait « une forte volonté de renouveau »

La tradition mendésienne, en effet, comporte tout un rapport à l’économie décisif pour comprendre le réformisme rocardien. C’est, avant toute préconisation technique, la conviction qu’on ne peut pas séparer les objectifs d’une politique économique et sociale des moyens pour les atteindre. Ne mettre en avant qu’une ambition sociale n’a pas de sens si les politiques mises en œuvre pour ce faire doivent échouer.

L’économie, si elle n’est pas une science exacte, a une consistance propre que la politique doit prendre en compte. C’est ce qui fait, chez Michel Rocard, considérer que le réel est un critère de la vérité. C’est le sens de la formule utilisée souvent, le « parler vrai ». C’est aussi le côté technocratique qui lui sera reproché à gauche, et que lui-même cultivera parfois.

Hommages à Michel Rocard

L’ancien ministre de Rocard, Lionel Stoléru, retient sa capacité de « fouiller », à en devenir « érudit » : « Allait-on négocier en Calédonie ? Il se plongeait dans l’histoire et la géographie en vous expliquant quel lac et quel village il fallait contourner pour tracer une frontière acceptable par les deux parties. Préparait-on le RMI ? Il allait lire pourquoi Milton Friedman et James Tobin, économistes traditionnellement opposés, avaient réussi à se mettre d’accord sur ce projet. Et ainsi de suite tout au long de sa carrière où il se passionna pour tout : l’Europe, l’Afrique, l’Antarctique et bien d’autres domaines ».

Le Parisien -- Michel Rocard : «La loi Travail, une chance pour la France»
L'ancien Premier ministre Michel Rocard défend la loi El Khomri, mais n'épargne pas François Hollande et le PS. Il fustige aussi l'impuissance de l'Union européenne face aux crises et aux guerres.

L'Europe est mal en point. C'est un crève-coeur pour l'européen que vous êtes ?

A partir de 2009, après avoir tant milité pour l'Europe, j'ai considéré qu'on l'avait tuée. J'accuse d'hypocrisie les politiques qui continuent à en parler comme si elle existait, comme si on pouvait greffer encore un espoir dessus. Non, elle est morte parce qu'on lui interdit — par la règle de l'unanimité — les décisions importantes. A partir de 1972, et l'adhésion de la Grande-Bretagne, on n'a plus jamais observé de dynamique d'intégration. Les Anglais haïssent tellement l'Europe qu'ils ont réussi à empêcher qu'on y décide quoi que ce soit.

Etes-vous favorable au Brexit ?

Laissons les Anglais partir, et espérons qu'après leur départ une demande venant du continent poussera dans ce sens. Mais je n'ai plus d'espoir... D'autant que le populisme s'y est mis : elle est devenue l'objet d'une colère collective parce qu'elle est impuissante. Nous n'avons pas su utiliser l'Europe pour lutter contre le chômage, la précarité ou le ralentissement de la croissance. Elle n'a servi à rien de tout cela. Juste de relais au pouvoir bancaire pour organiser le maintien de l'austérité.

Vous donnez raison au Front national ?

Ah bon ? Constater qu'il y a un cadavre quelque part, ce serait donner raison à ceux qui veulent le tuer ? Ce n'est pas moi qui ai tué l'Europe, je vous le jure ! Regardez Sarkozy, en quoi est-il européen ? Juppé l'est un peu plus. Quant à Hollande, il essaie de le rester à peu près, même si cela ne l'aide pas trop.